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At Folsom Prison

Dernière mise à jour : 7 févr.

Pour son 25eme album (en 12 ans de carrières n'est ce pas), Johnny Cash réalise une première mondiale en publiant un album enregistré ... dans une prison.

Fin 1967, Johnny Billet est en quête de repentance artistique. À cette époque, et malgré les succès commerciaux de chansons telles que I Walk the Line et Ring of Fire, la carrière de Cash stagne, en grande partie à cause de sa dépendance à l'alcool et aux amphétamines, qui lui valent d'ailleurs des démêlés avec la justice. En octobre, après une cure de désintoxication, il décide de se consacrer de nouveau à sa carrière. Et quoi de mieux pour se relancer que deux concerts devant une centaine de taulards.


Cette envie de parler du thème carcéral commence en 1953, lorsque durant son service militaire en Allemagne, il visionne le documentaire de Crane Wilbur : Inside the Walls of Folsom Prison. Il en tire une magnifique inspiration, Folsom Prison Blues, un titre qu'il écrit et qui sera son deuxième single chez Sun Records. Une chanson de folk populaire que Cash gardera à son répertoire toute sa carrière, c'est dire l'importance qu'elle a dans son cœur. Au sujet de ce titre, Cash racontera : « Je me suis assis avec mon stylo en main, en essayant de penser à la plus mauvaise raison qu'une personne pourrait avoir pour en tuer une autre". Et cette raison, c'est simplement de descendre un type juste pour le voir mourir, sympa. Les paroles nous racontent donc l'histoire de ce criminel n'ayant pas écouté les conseils de sa maman, qui lui disait de ne pas jouer avec les armes à feu. Depuis, il est enfermé, ne voit plus le soleil, pense à la maison qu'il achètera une fois sorti, mais il a cependant le plaisir d'entendre le train, et de s'imaginer les gens fumant des cigares en première classe. Même si notre Jojo national n'a pas connu une telle situation, il nous fait vivre le titre comme s'il en avait l'expérience. La sortie de cette chanson en 1957 sera un succès, se classant cinquièmes des ventes country de l'année. Elle sera surtout sera l'hymne des prisons, à tel point que de nombreux prisonniers lui enverront des lettres pour qu'il vienne faire le show entre quatre murs. Chose qu'il fera après avoir répondue à l'une d'elle, expédiée par un prisonnier du pénitencier d'État de Huntsville au Texas. Il réussira à s'y produire, sans pour autant enregistrer la performance. Encouragé par le succès du concert, il jouera dans plusieurs prisons, jusqu'au premier enregistrement, celui du pénitencier de Folsom, en Californie. Folsom Prison Blues est donc LE titre qui introduira les deux concerts, et surtout nous mènera à cet album.


La date est fixée : le 13 janvier 1968. Trois mois et demi entre une désintox et un concert en taule, belle perf. La scène sera donc improvisée dans la cantoche, en compagnie des matons, cols blancs, des délinquants et bien sûr, des criminels. Johnny ne tiendra pas la scène seule, en bon copain, ou pour faire retomber la pression, il invite Carl Perkins (connu notamment pour Blue Suede Shoes, titre qui sera repris par Elvis), le groupe des Statler Brothers, les Tennessee Three (qui sont en fin de compte ses musiciens) et évidemment, sa femme June Carter. Tous prendront part à la fête par-delà les portes du pénitencier, mais avant ça : répète. La petite troupe se donne rendez-vous le 11 janvier, seulement deux jours avant le concert, on remercie donc le talent de permettre un temps de préparation si court. Les répétitions sont notamment centrées sur une chanson qui s'ajoute nouvellement au répertoire, écrite par un détenu du nom de Glen Sherley, emprisonné cinq ans suite à un vol à main armée. Elle s'appelle Greystone Chapel, et Johnny y tien particulièrement tant elle a touchée son cœur, à tel point qu'il dira "je veux que cette chanson soit impérativement enregistrée". Tout se déroule bien, et le bruit court qu'un concert est organisé dans la prison. Il court tellement vite que le gouverneur de Californie, Ronald Reagan, leurs rendra visite lors deux la deuxième journée. Oui oui, le futur président des Etats-Unis. Il a tellement apprécié le show qu'il montra son plaisir et encourageât les protagonistes à faire une prestations à la hauteur de leurs talents.


"Hello, I'm Johnny Cash" retenti dans le réfectoire à neuf heure quarante précise pour la première représentation. Johnny n'arrive pas devant une foule fraîche, Perkins et les Statler Brothers sont passés avant en guise de première partie pour chauffer la salle avant l'arrivée du Man in Black. C'est donc sans surprise qu'après la salutation du countryman, le public répond présent en applaudissant et scandant des hourras. L'espace de quelques instants, ils en oublient leurs quotidiens de bagnat. Les chansons s'enchaînent entremêlées de blague faites à l'audience qu'on entend rire à gorge déployée. La qualité sonore est folle, les balances sont parfaitement réglée pour que la voix de baryton et ses basses profondes soient mises en valeur. Le concert durera seulement quarante-cinq minutes pour seize titres joués. Il faut dire qu'à cette époque, les moyens d'enregistrement et de diffusion étaient limités, les maisons de disques demandaient donc des chansons courtes. June Carter rejoindra son homme sur scène pour un duo en amoureux et pour tenir la baraque quand les artistes font un break. Le concert se déroule à merveille, les détenus sont réellement en train de vivre un moment fabuleux tant la qualité vocale de Johnny Cash est haute. On les envies, nous qui devons l'écouter sur un enregistrement. Ceci étant dit, qu'est ce qui a le plus de valeur ? Un live de Johnny en prison ou la liberté, je ne sais pas.


L'album est préparé en quatre mois, malgré le faible montant investi par Columbia Records, aussi bien pour l'album que pour le single Folsom Prison Blues live. En effet, ces derniers préfèrent se focaliser à promouvoir la pop plutôt que la country. Une fois de plus, et comme aujourd'hui, la qualité ne prime pas sur la quantité. Néanmoins, le single live entre dans le classement Billboard Hot 100 le 25 mai 1968 et au Hot Country Songs une semaine plus tard. Preuve que le succès est au rendez-vous. Malheureusement, ce dernier subi un revers lorsque Robert Francis Kennedy est assassiné le 5 juin 1968 à Los Angeles. Les stations de radio cessent de jouer la chanson en raison de la phrase macabre : « J'ai tiré sur un homme à Reno, juste pour le regarder mourir ». Grisé par le succès rencontré avant l'assassinat, Johnston, le patron de Columbia, exige alors un remix sans le passage discriminé. Malgré les protestations de Cash qui ne veut pas qu'on touche à son bébé, le single est modifié et réédité. La nouvelle édition retrouve le succès, atteignant la première place au classement Hot country songs le 20 juillet 1968 et la trente-deuxième place du Billboard Hot 100. Concernant l'album, il atteint la première place du classement Albums Country et la treizième place du classement Albums Pop. En août 1968, quatre mois après sa sortie, l'album passe le cap des trois cent mille exemplaires vendus, et deux mois plus tard, il est certifié disque d'or avec plus de cinq cent mille album distribués.
Concernant les critiques des spécialistes, elles sont dithyrambiques. Comme en témoigne celle de Al Aronowitz, du magazine LIFE, notamment connu pour avoir fait fumer des joins aux Beatles en 1964, disant que Cash a chanté des chansons comme « quelqu'un qui a grandi en croyant qu'il est l'une des personnes dont ces chansons parlent ». Richard Goldstein note dans le Village Voice que l'album est « rempli de ce genre d'émotivité que vous trouvez rarement dans le rock ». Fredrick Danker du magazine Sing Out! salue At Folsom Prison comme « un album qui nous construit une expérience auditive. » et cet argument est difficilement contestable.

Le succès rencontré par cet album redonne un coup de jus à la carrière de Cash, qui dira même que « c'est là que les choses [ma vie et ma carrière] ont vraiment recommencé pour moi ». L'expérience à tellement été bénéfique pour lui (sur tous les plans) que Cash retourne dans une cantine carcérale en 1969, cette fois à San Quentin en Californie. Construite par les détenus eux-mêmes alors qu'ils étaient logés sur un navire pendant les travaux, cette prison est connue pour son cadre de vie sympathique, au bord de l'eau et sous le soleil californien. On y retrouve le même phénomène qu'à Paname : plus tu loges haut, plus la place est chère. On pourrait croire que la vie, là bas, est idyllique, mais bon, c'est la seule prison de Californie où la peine de mort est appliquée, et surtout réalisée par chambre à gaz. Johnny y décide donc d'y jouer un petit concert le 24 février 1969 et d'en sortir l'album At San Quentin, qui sera filmé cette fois et se classera NUMERO UNO du Billboard Hot 100. Le sujet n'étant pas là, revenons au centre pénitencier de Folsom.
L'album sera réédité en 1999 et rencontrera un succès plus qu'attendu : triple disque de platine avec trois millions d'exemplaires vendus. Dingue. Les classements d'albums sont en vogues dans les années 2000, notamment celui du Rolling Stones. At Folsom Prison s'y classera 88e lors des deux éditions de 2003 et 2012. Il sera également 63e des 500 albums que vous devez posséder par le magazine Blender. Et enfin, le Time dira qu'il fait partie des 100 plus grands albums de tous les temps. Rien que ça.

At Folsom Prison est donc un album mythique. Premier album dans une prison, concert d'une qualité irréprochable et surtout, il relance la carrière du Man in Black. Certains diront que les cris des prisonniers ont été rajoutés au montage, ces derniers ayant peur des représailles. Mais ici, on préfère le folklore et se dire que ces gars là ont kiffé à fond ce moment magique. Il est plus que conseillé d'écouter l'album et de partir sur les classiques du baryton après. On espère donc vous avoir Cash Converti.

Pour l'écouter dès maintenant, deux moyens :
Spotify :
L'album sur YouTube :


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