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Mothership Connection

Concept album de P-funk dirigé par George Clinton, Mothership Connection nous fait voyager dans un groove irrésistible le long de ce qui est, surement, le meilleur album de Funkadelic-Parliament.

Si James Brown a inventé la funk et Jimi Hendrix porté l’incandescence de la guitare à son plus haut, George Clinton a fait le mix des deux pour inventer le P-Funk, une version psychédélique et rock’n’roll de la funk. Georgi, coiffeur de métier, a frappé deux fois : une première avec Parliament, l'autre avec Funkadelic. Deux groupes, un collectif, une influence notable sur la musique d'hier et d'aujourd'hui. On ne va pas seulement s'intéresser aux pas de danse qui découlent suite à l'écoute de Mothership Connection, on va également regarder l'univers autour.

Bienvenue dans le Parliafunkadelicment Thang
Comment aborder cet album sans parler de George Clinton, de sa mythologie, de son vaisseau et de ses acolytes qui feront de ce collectif une masterpiece de la funk. Tout commence au milieu des années soixante quand George, alors coiffeur, fonde le quintet de Doo-Wop The Parliaments. Ces derniers répètent alors dans l’arrière-salle du barbershop, entre deux afro. On imagine très bien l'ambiance : du chant, de la danse et des coups de tondeuse en trop sur un mouvement de boogie, dommage. Cette affaire a du mal à décoller, jusqu'en 1967 où leur single I Wanna Testify atteint le troisième rang du classement R&B, oui, R&B, pour Rythm And Blues (Riteum and Blouse in english right?). Le succès n'empêchant pas les soucis, le groupe fera face à des différents contractuels avec leur maison de disques, Revilot, notamment sur la propriété du groupe. Ce problème entraîne un premier changement de nom vers Parliament, qui mutera en Funkadelic, ce dernier correspondant d'avantage aux mouvances du groupe : de la funk, du psychédélique, de la funk psychédélique, Fundadelic, facile. C'est donc la naissance d'un monument de la musique qui nous publiera 12 albums entre 70 et 81 avec en tête d'affiche Maggot Brain et One Nation Under a Groove. Bien que le succès arrive avec Funkadelic, les deux groupes sont liés, les sorties entremêlées et les membres partagés, Clinton appelant ce mélange le Parliafunkadelicment Thang. En parlant des membres, penchons-nous sur les fabriquant de groove qui nous ferons bouger la tête. Bon, on ne va pas faire la liste entière des seize protagonistes sinon vous n'aller pas lire l'article entier, on va juste énoncer les principaux. Notamment trois musiciens, le bassiste Bootsy Collins, le saxophoniste Maceo Parker et le tromboniste Fred Wesley, tous trois échappés de chez James Brown, additionné de Eddy Hazel, guitariste très influencé par Hendrix, ils seront le socle musical du collectif. Ils bénéficient d'une liberté totale, ce qui donne un style de funk très particulier. Pas de cordes mortes, qui d'usage, nous rendent si vivant, pas de ligne de basse répétitive et de batterie bouclée, ici, tout le monde s'éclate.


Après les premières sorties du groupe, Clinton se mit à songer à un concept, un nouveau moyen d'exprimer sa musique et de faire passer un message. Inspiré par Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles (qui fera très certainement l'objet d'un article), qu'il considérait comme "le morceau de musique le plus classe que j'aie jamais vu, où tout était lié. J'ai donc voulu faire ce genre de chose". On ne peut pas dire le contraire mon cher George. Pour le folklore, qui se fera appeler une mythologie, Clinton a opté pour le concept d'extraterrestre, en raison de son originalité. Il décrit le concept en disant : "Nous avons mis des Noirs dans des situations où personne n'aurait jamais pensé qu'ils se retrouveraient, comme dans la Maison Blanche [on est dans les seventies, pas de Barack encore ...]. Je me suis dit qu'un autre endroit où l'on ne penserait pas que des Noirs pourraient se retrouver serait l'espace. J'étais un grand fan de Star Trek, alors on a fait un truc avec un proxénète assis dans un vaisseau spatial accompagné de tous ces grooves à la James Brown, mais avec le langage de la rue et l'argot du ghetto". On comprend donc que la volonté n'est pas seulement de faire danser les gens, mais aussi d'apporter des messages de protestation contre le climat social alors en place aux USA, et surtout au sujet de la légitimité des afro-américains. Le proxénète en question n'est autre que Dr Funkenstein, le zombie cool venu administrer en intraveineuse de la funk au public, le messager du bonheur qui diffusera de la joie avec le coffre façon tunning dont est équipé son vaisseau (kit son Focal 1000W tu connais). Le concept de l'album formera l'épine dorsale des concerts de P-Funk pendant les années soixante-dix, dans lesquels le grand vaisseau spatial connu sous le nom de Mothership descendra sur la scène pour ambiancer un public déjà bien chaud. On sait donc maintenant ce qu'est le Mothership, mais comment s'y connecter ? Pour comprendre, plongeons dans l'album. Promis, ça ne fait pas mal.
Sur un petit fond de batterie et piano, cuivres et vents, on entend : "Bonsoir. N'essayez pas de régler votre radio, il n'y a aucun problème. Nous avons pris le contrôle pour vous offrir cette émission spéciale et nous vous la rendrons dès que vous aurez commencé à groover. Bienvenue sur la station W E F U N K, mieux connue sous le nom de We-Funk. Ou encore plus connu sous le nom de Mothership Connection, maison des frères extraterrestres. Distributeurs de musique funky, de P-Funk, de funk brut venant directement du vaisseau-mère. Au sommet de la voie lactée, cinq cent mille kilowatts de P-Funk. Alors détendez-vous, pendant que nous nous occupons de vos tympans."
On commence donc par un acte de piraterie sur une radio, avec comme vaisseau d'abordage le Mothership. Cette action n'est pas une simple introduction, mais une véritable contestation. Effectivement, Clinton était frustré par le fait que de nombreuses stations refusaient de passer sur les ondes les bangers de Parliament. Il s'est donc dit qu'il allait inventer sa propre station, WeFunk et son DJ, Lollipop alias le Long Haired Sucker. A savoir que ce DJ reviendra quelques décennies plus tard pour mixer sur la radio BounceFM, diffusé directement depuis le Mothership, de GTA Vice City entre deux coups de klaxon et un braquage de Sanchez. Alors c'est bien beau de se prendre pour Jack Sparrow, mais il ne faut pas que ce soit vain ! Ce Lollipop nous propose de nous détendre, de groover, de kiffer, est-ce une réussite ? Oooooh que oui. Après le chaleureux discours, le groove part et instantanément, on est transporté par la basse en plein trip en compagnie des cuivres qui chatouillent notre oreille. "Fait de ma funk de la P-funk, je veux ma funk libérée, je veux être funked up" scandent les chœurs qui sont joies tout comme nous, les auditeurs. Ce refrain sonne comme un appel à Jesus, qui jadis changea l'eau en vin à Cana. Dans notre cas, Jésus est Lolipop, les noces de Cana sont la station de radio, et le vin, c'est la P-Funk. Puis le calme revient même si on sent que les instruments n'ont qu'une envie, c'est de repartir. On continue sur ce schéma, de la funk entrecoupée d'interventions de DJ LPP et des petits solos de saxo, guitare et trombones. Une chanson, on est déjà convaincu, et ce n'est que le début. La chanson suivante est plus conventionnelle, bien qu'on pourrait la rapprocher d'un Heartbreaker de Led Zep' dans l'approche musicale. Le clavier nous lance un riff addictif, que la basse suit à merveille, le tout est soutenu par la batterie nous obligeant à bouger la tête, les épaules, le bassins, bref, on est dans un remix de Saturday Night Fever. Comme le premier titre, nous avons le DJ qui nous parle entre chaque refrain. Ici, il nous prévient qu'il est là pour récupérer les pyramides, mais aussi pour nous convaincre de le rejoindre funker dans le Mothership. Invitation acceptée chef, je peux venir avec des potes ? Après ces deux mains tendues pour aller danser, le grand méchant rentre en jeu : l'objet volant non identifié ne possédant pas la funk (Unfunky UFO). Il nous est présenté dans une funk classique, qu'on pourrait prêter à Earth Wind and Fire sans problème. Cet objet volant est en fait un émissaire alien venu acheté la funk terrienne, alors qu'en fait non, elle n'est pas à vendre, ça ne va pas ?? Preuve de l'échec du grand méchant, la chanson suivante au nom imprononçable nous entraîne dans une funk expérimentale, proche de la Synthwave, nous répétant inlassablement "Donnez au gens ce qu'ils veulent, quand ils veulent, et ils le veulent tout le temps". Oui, la funk, cette vectrice de bonheur, est essentiel au sourire des gens, surtout à cette époque, mais elle n'est pas pour vous. Et ce bonheur, il arrive après 3 coups de caisse claire et un de tome : Handcuff. Oui, on est sur la chanson la plus funky de cet album, de la funk pure comme James Brown savait faire. Impossible de résister, elle a groové la première, on est touché, c'est foutu. Après ces deux secondes de batterie, le chant rentre en jeu accompagné des cuivres qui nous lancent des grandes notes comme pour accueillir un Roi. L'ambiance est posée, le son est incroyable, il pourrait durer des heures qu'on ne s'en lasserait pas. On nous parle d'une fille si belle qu'il faut tout mettre en œuvre pour la garder. T'en fait pas George, avec un tel son, tu vas la garder sans problème ! Suite à cette belle chanson d'amour, on enchaîne sur un autre tube : Give Up The Funk. Certainement la plus connue de l'album, certainement la plus P-Funk. Une basse en électron libre total, des cœurs qui chantent avec entraîne ce fameux "We Want The Funk, Give Up The Funk". Mais en fait, sous ces airs joyeux, ce sont les aliens venus nous dire qu'il faut leur lâcher la funk sous peine d'une sanction de type napalm sur la planète. Autant vous que la troisième guerre mondiale était proche, mais on a été défendu par le peuple de Thumpasorus. Je vous laisse écouter l'album suivant Mothership Connection pour comprendre.


Après la venue du Dr Funkenstein, l'humanité s'est retrouvée illuminée et ambiancée par la P-Funk. A tel point que Clinton est considéré, aux cotés de James Brown et Sly Stone, comme l'un des principaux fondateurs de la funk. Il a de ce fait été intronisé au Rock and Roll Hall of Fame en 1997, aux côtés de quinze autres membres de Parliament-Funkadelic. Une juste récompense. Quant à l'album, il sera classé quatrième du classe R&B et treizième pour le classement pop. Il renouera avec le succès au début du XXIe siècle. Une entrée évidente dans les 200 meilleurs albums de tous les temps selon l'odyssée du rock, glanera la 276e place des 500 plus grands albums de tous les temps selon le Rolling Stone, et il est cité dans l'ouvrage de référence de Robert Dimery Les 1001 albums qu'il faut avoir écoutés dans sa vie. De bien belles performances pour un concept album.
George Clinton n'a pas seulement œuvré pour ses groupes, son influence sera bien au-delà. Il est passé de l'autre du carreau pour faire producteur, notamment avec les Red Hot Chili Peppers sur un de leurs premiers albums. Plus proche de sa vibe musicale, il a bossé avec Tupac, Dr Dre, Snoop Dogg et tant d'autres. Après la P-Funk est venu la G-Funk pour laquelle l'influence du Doc Lollipop n'est pas à démontrer, il suffit de regarder le nom.

De la piraterie, des extraterrestres, un joyaux musical convoité, voilà une belle recette pour un concept album. Véritable masterpiece de la funk, autant pour danser que pour rêver, Mothership Connection prouve que la funk, ce n'est pas seulement du rythme pour le samedi soir. Une œuvre à découvrir sous beaucoup d'angles, mais, un conseil, préparez vous bien pour les cinq cent mille killo-watts de P-funk venus tout droit de la Voie Lactée.

Pour l'écouter dès maintenant, deux moyens :

Spotify :
Un live chez NPR, pour le fameux Tiny Desk :

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